Pauline, fait partie de ses femmes qui me surprennent par leur énergie débordante et leur capacité à concrétiser leur rêve qu’importe les challenges. Passionnée depuis l’enfance par les animaux, Pauline s’oriente rapidement dans le domaine animalier. Alternante à l’association Handi’chiens, puis vendeuse en animalerie ; elle poursuit sa carrière en mixant le salariat et l’entrepreneuriat. D’abord éducatrice canine et employée à mi-temps dans un drive, en 2020, enceinte de son deuxième enfant, elle réalise son rêve : créer une pension canine près de Caen. Profitant du dispositif démission-reconversion, Pauline concrétise sa vision d’une pension canine chaleureuse où les chiens se sentent comme à la maison.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Pauline Bourgoin, j’ai bientôt 34 ans, je suis mariée et maman de 3 enfants.
Quel métier exerces-tu aujourd’hui ?
Je gère une pension canine.
Peux-tu retracer ton parcours ?
Je suis passionnée par les chiens depuis toute petite et j’ai toujours su que je travaillerai avec les animaux. Au départ, je voulais me diriger vers l’élevage canin, mais mes parents voulaient d’abord que j’aie un bac plus général avant de m’orienter dans cette branche. J’ai donc fait un Bac STAV en lycée agricole pour essayer de me rapprocher du monde animal. Une fois mon Bac en poche, je ne pouvais plus trop aller en BAC Pro Conduite et gestion d’élevage canin, les profs de la formation rencontrés pensaient que j’allais m’ennuyer sur les matières générales alors j’ai fait quelques semaines en BTS service à la personne, mais ça ne me correspondait pas du tout. J’ai finalement obtenu une alternance en BP éducation canine dans un lycée horticole et l’association Handi’chiens (pour laquelle on éduquait des chiens d’assistance bénévolement depuis plusieurs années) a accepté de m’embaucher en apprentie. Je me suis davantage dirigée vers l’éducation que vers l’élevage, ça me correspondait plus.
Lorsque j’ai obtenu mon BP en 2013, je ne me sentais pas de monter mon entreprise d’éducation canine donc j’ai été embauchée aux Pépinières de Bavent en vendeuse au rayon chien et chat (c’est d’ailleurs au travail que j’ai rencontré mon mari). Au bout de 2 ans, j’ai monté mon entreprise d’éducation canine et j’ai pris un temps partiel au drive d’une grande surface pour pouvoir me libérer du temps pour mon entreprise. Cette organisation me plaisait bien donc je suis restée un moment comme ça, j’ai fait 1 enfant. En parallèle, nous cherchions une maison avec du terrain pour pouvoir mettre quelques boxs et prendre des chiens en pension, mais nous avons lâché l’affaire au bout de 3 ans puisque nous ne trouvions pas LA maison. Et quand nous avons abandonné, nous avons trouvé l’endroit idéal !
Puis le COVID est arrivé, ça ne se passait plus très bien au drive, et je suis tombée enceinte de mon deuxième enfant. Pendant mon arrêt-maladie et mon congé maternité (un AVC m’a fait être arrêté très tôt dans ma grossesse) j’ai profité d’avoir beaucoup de temps pour saisir l’opportunité du dispositif démissionnaire. En effet, cela faisait 5 ans que j’étais embauché dans le drive et j’avais le droit à ce fameux dispositif. Après un accompagnement pour monter mon projet de pension canine et un passage en commission, mon projet a été validé et j’avais le droit de démissionner et de toucher des indemnités le temps de monter mon entreprise. J’ai donc accouché et démissionné. Ensuite, nous avons fait énormément de travaux (merci à mon mari et à la famille !) pour construire toute la pension, tout était à faire. Et en mai 2022, les premiers pensionnaires étaient accueillis !
D’où vient ton envie d’ouvrir une pension canine ?
J’ai toujours voulu travailler avec les animaux, notamment, les chiens. L’élevage qui était mon idée de base s’est éloigné en pensant à tout le stress que j’aurai lors des mises bas. J’ai découvert l’éducation canine au travers de notre engagement bénévole dans l’association Handi’Chiens et je me suis naturellement dirigée vers l’éducation. Au fil du temps, mes clients me demandaient où ils pouvaient faire garder leur chien pendant leurs absences et j’ai vu qu’il manquait de pensions canines et surtout, de pension qui collait avec ce que les gens souhaitaient offrir à leur chien. L’idée était d’ouvrir quelques places entre 2 et 5 et finalement, j’ai ouvert une structure plus grande (une vingtaine de chiens sont accueillis au maximum). J’ai arrêté l’éducation canine parce que je n’avais plus le temps de faire de cours, plus le temps de me former et j’estimais qu’il y avait assez d’offres dans ce secteur.
L’Astuce, le nom de la pension, vient de notre chienne, un golden retriever que nous avions chez mes parents et qui s’appelait Astuce. C’est auprès d’elle que j’ai grandie, que j’ai fait quelques tests d’éducation, même si ça n’était pas la plus motivée ! Je me suis dit que ça serait assez sympa de lui faire un petit clin d’œil. On (ça a été un vrai travail de famille, chacun y allait de sa proposition) a cherché à inclure son nom dans le nom d’entreprise puisqu’on offrait une « astuce » pour la garde des chiens et finalement, on est revenu à l’essentiel en appelant l’entreprise juste L’Astuce.
Quelle était ta vision en ouvrant la pension l’Astuce ?
Je voulais offrir un service qui colle au mieux avec ce que les chiens connaissent maintenant. Il y a 60 ans, les chiens vivaient en chenil au fond du jardin donc ça ne les changeait pas trop de se retrouver en chenil en pension, mais aujourd’hui, ils sont avec nous dans les maisons, ils nous accompagnent beaucoup donc ils ne peuvent plus se retrouver dans un chenil de 2 m2 sans accès à l’herbe, sans liberté et en ne voyant quelqu’un que pour les nourrir. En même temps, c’était impossible de garder 20 chiens dans ma maison perso ! Donc mon mari a totalement réaménagé une dépendance qui servait aux animaux de ferme et on a reconstitué un intérieur de maison pour que les chiens se sentent moins perdus. Je voulais également que les chiens soient ensemble pour qu’ils puissent jouer et s’occuper. J’ai bien sûr des hébergements individuels pour les chiens qui ne peuvent pas être en groupe collectif, mais toujours avec de l’espace et un jardin en libre accès. Je proposais toujours de l’éducation canine au début, mais j’ai vite arrêté faute de temps. On a le projet de créer une pension féline, mais pour l’instant, ça reste au stade de projet, le temps nous manque entre le travail et 3 enfants en bas âge.
Le bien-être des chiens a été ma motivation première, faire un endroit pour eux, qu’ils s’y sentent bien même si c’est une charge de travail plus importante pour moi (gérer les espaces verts, nettoyer des surfaces plus grandes que ce qu’on connaît d’habitude, des promenades à l’extérieur, des séances de jeux et des contacts avec mes enfants pour ceux qui le peuvent, etc.) et j’espérais pouvoir me libérer du temps pour m’occuper de mes enfants.
À quel moment as-tu décidé de te lancer dans ce projet ?
Pendant le COVID et mon arrêt pour ma grossesse, on avait l’endroit maintenant, il n’y avait plus qu’à se retrousser les manches et faire en sorte que ce soit opérationnel le plus vite possible. Mais j’ai attendu de savoir que je pouvais bénéficier du dispositif démissionnaire qui me garantissait un revenu minimal pendant 2 ans pour ne pas me retrouver sans aucun revenu avec 2 enfants à charge.
Qu’est-ce qui t’a aidé à franchir le cap dans la concrétisation de ton projet ?
Au niveau matériel, c’est le dispositif démissionnaire, savoir que j’aurai toujours des revenus pendant 2 ans, on venait d’acheter la maison et on avait 2 enfants à charge donc je ne voulais pas tout quitter sans rien.
Et au niveau humain, le soutien de ma famille (malgré quelques appréhensions de certains) et de mon mari m’a été d’une grande aide. Mon mari a fait quasiment tous les travaux seul. Lui qui n’y connaissait rien, a tout appris en regardant des tutos et il continuait à travailler à côté (avec un travail en horaires postés au 3×8). Même aujourd’hui, il continue à faire les travaux. Il me suit toujours quand je lui dis que j’ai pensé encore à « un nouveau truc qui sera super pour les chiens ! »
Avais-tu des craintes particulière en débutant ? Si oui, comment les as-tu surmontées ?
Je n’avais pas vraiment peur que ça ne marche pas, je savais qu’il y avait énormément de demandes. Alors je me disais que si j’arrivais à proposer quelque chose qui était adapté à ce que les gens attendent, il n’y avait pas de raison que ça ne fonctionne pas. C’était plus avant de savoir qu’il y avait le dispositif démissionnaire, que je pouvais faire ça avec un filet de sécurité. J’ai ouvert au mois de mai et l’été qui arrivait a très vite été complet donc ça m’a conforté dans mon idée que les gens cherchaient autre chose que de la pension en chenil.
Quel a été ton plus gros challenge avec la pension l’Astuce ?
Je crois que c’est une question d’organisation. C’est compliqué quand on travaille de sa passion parce qu’on ne compte pas son temps, mais quand on a une famille derrière, il faut aussi penser à eux. Et ça n’est pas parce qu’on travaille de notre passion qu’on peut tout accepter. Je travaille 7 j/7. Dans ce métier, on est toutes unanimes (je ne connais que des filles dans ce métier) les clients ne se rendent pas toujours compte qu’on a une vie derrière donc il y a des appels, des messages très tôt ou très tard, les week-ends, des clients qui viennent très en retard sans prévenir parce qu’on est censé être toujours sur place. Mais nous avons des rendez-vous comme tout le monde, des obligations et même si on est là (parce que ça reste la majeure partie du temps) on a une organisation de travail qui ne permet pas que les gens débarquent quand ils veulent. Et puis on reste chez nous, je vis sur place et je n’aime pas être dérangée sans être prévenue. Pour la plupart, je ne pense pas que ce soit un manque de respect, c’est juste qu’on se dit facilement « de toute façon, elle est à la pension ». Ce n’est pas facile de se rendre compte de la réalité du métier quand on y est extérieur, je le comprends bien. Mais on travaille 7 j/7 et 24h/24, il n’y a pas un moment où je n’ai pas de chiens, mais j’ai quand même besoin d’aller faire des courses, d’aller chez le médecin…
Ça dépend des personnes, mais moi, j’ai beaucoup de mal à dire non aux gens. J’essaie d’arranger autant que je peux en dépit de ma vie perso ou de mon organisation de travail. C’est le plus gros point sur lequel je dois travailler, apprendre à mettre des règles et à les faire respecter surtout. Heureusement, j’ai quand même une clientèle très à l’écoute et respectueuse donc dès que je fais part de mes difficultés et que je mets en place des solutions pour y remédier, ils comprennent et respectent. J’ai mis récemment des horaires un peu plus stricts sur les jours où mes enfants sont à la maison pour avoir plus de temps avec eux et ne pas refuser à chaque fois les promenades parce que j’ai un client qui doit venir. Je ne veux pas que mon métier passion devienne un métier où je subis les choses et que je finisse par le faire sans l’amour du métier et ça se travaille maintenant, il ne faut pas attendre qu’il soit trop tard.
Dans cette même lignée, il faut que j’arrive à prendre des vacances. J’ai récemment fait appel à des remplaçantes avec qui ça s’est très bien passé donc cette année, je me fais remplacer 2 fois (quelques jours et une semaine). C’est un bon début je trouve, car si je reste à la maison, je n’arrive pas à fermer la pension, tant qu’à être là, autant ouvrir ! Les remplaçantes sont un bon compromis pour rester ouverte et en même temps, prendre du temps pour moi avec ma famille. Mon mari et mes enfants n’ont pas choisi mon métier et je ne peux pas les priver de vacances et je finis par en avoir besoin moi aussi.
L’autre challenge est de gérer du collectif, c’est une vraie responsabilité. Faire attention que les chiens s’entendent bien, ce n’est pas de tout repos des fois.
Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ta situation actuelle ?
D’être avec les chiens, de les voir jouer et s’amuser ici, je me dis que j’ai quand même réussi à leur offrir ce que je voulais. Également m’organiser comme je veux, de pouvoir m’occuper de mes 3 enfants et de gérer mon planning à peu près comme je veux. Et bien sûr, quand mes clients me disent qu’ils sont contents de voir leur chien heureux d’arriver à la pension, ça me fait super plaisir ! Il y en a même qui ne veulent pas repartir et ça, c’est la plus belle récompense.
Aujourd’hui dans quel état d’esprit es-tu ?
Je suis assez sereine pour l’avenir, j’améliore la pension d’année en année. J’ai une clientèle fidèle et toujours des projets pour améliorer le confort des chiens. J’apprends à m’organiser entre ma vie pro et perso, ce n’est pas encore gagné, mais je suis sur la bonne voie, je crois.
Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait sauter le pas de l’entrepreneuriat ?
Je lui dirai que c’est une sacrée aventure. Ça n’est pas toujours tout rose. Il faut bien préparer son projet pour s’assurer que c’est viable avant de se lancer et surtout bien se faire accompagner (comptable, avocat, artisans, etc.). L’administratif n’est pas toujours simple pour monter son entreprise, mais il existe plein d’accompagnement pour nous aider par la CCI par exemple .
Il faut également être conscient qu’il y a plein d’avantages, mais également des inconvénients qui ne sont pas à minimiser (l’inquiétude parce que c’est notre entreprise, c’est à nous de gérer et l’impact que ça a sur la vie privée. Moi, j’emmène mes enfants à l’école tous les jours et je vais les chercher à la sortie de l’école, mais je travaille énormément sur les vacances scolaires ou encore, j’ai repris mon travail 1 mois après la naissance de mon troisième enfant par exemple).
Il faut vraiment bien se renseigner auprès d’autres personnes qui font le même métier par exemple, sur Internet et en discutant avec son entourage. Et une fois qu’on est sûre, qu’on sait que les inconvénients sont acceptables par rapport aux avantages, il faut y aller !