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Aurélie est rayonnante lorsqu’elle évoque sa reconversion ! Si changer de métier à 49 ans c’est imposé comme une nécessité pour retrouver du sens dans sa vie professionnelle, Aurélie est persuadée que sans le bilan de compétences elle n’aurait pas eu cette révélation pour le domaine du social. Après avoir réalisé la première partie de sa carrière comme ingénieure informatique et avoir exercé 21 ans au sein de la même entreprise, Aurélie a choisi de faire une reconversion à 180 degrés et de devenir conseillère en économie sociale et familiale. Pour accéder à ce métier qui résonne en elle comme une évidence, Aurélie a entamé une reconversion qui la conduit aujourd’hui à reprendre un parcours d’étude passionnant qui vient confirmer ce choix de métier.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Aurélie, j’ai 49 ans, je suis maman de 2 filles et je suis en cours de reconversion. Depuis le mois d’octobre, je suis retournée à l’école pour faire en BTS Économie Sociale et Familiale. Au cours de ma carrière, j’ai eu des évolutions des changements de métier, mais il s’agit ici de ma première vraie reconversion.
Peux-tu retracer ton parcours avant ta reconversion ?
Après avoir obtenu mon BAC scientifique, je me suis orientée vers une prépa en mathématiques, puis je suis partie à la fac où j’ai refait une deuxième année de mathématiques. L’environnement de l’université me convenait et j’ai ainsi choisi de poursuivre avec une licence de mathématiques, toujours sans trop savoir quel métier je voulais exercer. J’ai donc fait une maîtrise en mathématiques appliquées à l’université de Caen avant de faire un DESS d’analyse numérique à l’université Pierre et Marie Curie à Paris. À la fin de mes études, j’ai intégré une société de service en informatique en tant que développeuse informatique. Cette période a été très formatrice, car mon statut me permettait de réaliser des missions dans différentes sociétés. Un peu plus tard, je suis revenue en Normandie. C’est ainsi qu’à 27 ans, j’ai cherché du travail sur Caen et que je suis rentrée par une société de service chez Orange Innovation. Au bout de deux ans, j’ai été embauchée au sein d’Orange en tant que développeuse sur les services liés à la carte SIM. J’ai ensuite eu l’opportunité de changer de métier au sein de l’entreprise et j’ai suivi une formation pour devenir conceptrice de service innovant avant d’évoluer rapidement vers le poste de cheffe de projet. Durant plusieurs années, j’ai encadré des équipes pluridisciplinaires sur le développement ou les évolutions de logiciel.
Pourquoi as tu eu envie de changer de métier ? Qu’est-ce qui ne te convenait plus dans ta situation ?
Au bout de 21 ans chez Orange, je me posais beaucoup de questions sur mon métier. J’avais déjà fait un premier bilan de compétences dix ans auparavant, mais au sein d’Orange. Avec du recul, je pense que ça a faussé un peu les choses puisque ça m’ouvrait surtout la possibilité d’exercer un autre métier au sein de l’entreprise. Néanmoins, ça montre que je me posais déjà des questions.
Il y a quelques mois, ces questionnements ont été plus présents. Je me demandais “Pourquoi je suis là ? Pourquoi je fais ce métier-là ? ”. Je ne trouvais plus de sens à ma vie professionnelle. Du point de vue gestion de projet, j’avais des équipes vraiment bienveillantes et compétentes, mais à côté, j’évoluais dans un environnement malsain et sexiste avec des conditions de travail qui se dégradaient avec beaucoup de stress, de pression, d’injonctions contradictoires. Un an avant ma reconversion, j’ai été arrêtée pendant six semaines. Un matin, je n’ai pas été capable d’y aller. Je n’y arrivais plus, j’ai eu vraiment ce besoin de couper.
Quel a été pour toi l’apport du bilan de compétences ?
Mes réflexions avaient nourri mon désir de faire autre chose professionnellement, mais ce n’était pas très clair. J’avais quelques idées, mais aucune envie particulière qui ressortait. Je me suis dit qu’il fallait que je sois accompagnée et j’ai donc entamé un bilan de compétences que j’ai financé via mon compte professionnel de formation (CPF).
Quatre ans auparavant, j’avais entamé une psychothérapie qui m’a beaucoup aidé à me connaître, à savoir ce que j’aimais, ce que je n’aimais pas, ce que je voulais ou pas. Personnellement, ça a été important d’avoir fait ce travail en amont, même si dans le bilan de compétences, il y a une partie bilan personnel avec des exercices qui m’ont permis d’approfondir certains éléments. J’ai été accompagnée par une coach que je retrouvais en séances et en parallèle, j’avais accès à une plateforme pour réaliser des activités. Le bilan de compétences avec la partie bilan professionnel m’a ouvert les possibles en termes de reconversion. Ça m’a permis de réfléchir à des projets que j’avais en tête et surtout de m’ouvrir à d’autres métiers. C’est comme ça que j’ai décidé de m’orienter dans le domaine du social. Je n’y avais pas pensé alors que ça a été une évidence quand ma coach m’en a parlé.
Dans le cadre du bilan de compétences, j’ai aussi réalisé des enquêtes métiers. C’est quelque chose de rassurant qui m’a permis de sécuriser mon projet et de ne pas prendre trop de risques, mais aussi de découvrir plusieurs métiers du social que je ne connaissais pas forcément. Ces enquêtes ont été l’occasion de faire de belles rencontres. Grâce au bilan, je savais ce que je voulais et ce que je ne voulais plus. Ça m’a permis de savoir quel métier précisément je voulais exercer et comment y parvenir. Ce qui a été évident tout de suite, c’est que je voulais faire du social, mais sur le terrain ! Je voulais accompagner les personnes en difficulté sur les aspects du quotidien. C’est comme ça que j’ai choisi de me reconvertir vers le métier de conseillère en économie sociale et familiale (CESF).
Comment as-tu construit ton plan de reconversion ?
J’étais ingénieure en informatique, je me dirige vers un métier où je vais gagner deux fois moins. Les métiers du care, sont peu valorisés en France et majoritairement exercés par des femmes et généralement sous-payés. Dans mon projet de reconversion, il fallait que je pense financièrement à l’après (une fois que j’exerçais mon futur métier), mais également à toute la partie durant la formation.
J’ai eu l’opportunité de pouvoir bénéficier d’un dispositif appelé « congé mobilité » dans lequel Orange était engagé et qui permet aux entreprises de réduire leur masse salariale. Je me suis donc renseignée sur la mise en place de ce dispositif et j’ai pu voir que j’étais éligible car je remplissais les conditions. Aujourd’hui, je bénéficie donc de ce congé mobilité. Ce qui induit qu’Orange prend en charge ma formation et que je conserve 80 % de mon salaire le temps de ma formation. En contrepartie, à la fin de ma formation, je me suis engagée à quitter l’entreprise. Même si je sais que je gagnerai moins après, c’est un vrai choix de vie de me reconvertir vers le métier de conseillère en économie sociale familiale. C’est ce qui me correspond, c’est une révélation, une évidence. Si je n’avais pas fait le bilan de compétences, je ne sais pas si j’aurais ressenti ça.
Comment se passe ta reprise d’études / formation ?
Pour devenir conseillère en économie sociale et familiale, il faut un diplôme d’État qui se prépare en un an après un BTS Économie Sociale et Familiale. Le BTS est un prérequis pour passer le concours. Je suis donc repartie sur les bancs de l’école à l’ISPN de Caen. Dans ma promotion, nous sommes dix filles. Mis à part moi, les autres suivent leur cursus en alternance pour financer leurs études. Pour ma part, je suis en formation initiale avec un rythme de deux jours à l’école ce qui me permet en parallèle de faire des stages. C’est l’avantage de cette formation : combiner l’apprentissage scolaire avec des stages variés pour découvrir les métiers et me former sur le terrain.
J’ai effectué mon premier stage au sein de l’équipe AGIR à Caen (programme d’accompagnement global et individualisé pour les personnes réfugiées), où j’ai intégré l’équipe référente droit et logement, composée de quatre travailleurs sociaux. Ce stage a été extrêmement enrichissant. J’ai pu rencontrer des personnes avec des parcours de vie très variés, souvent difficiles. J’ai eu cette sensation d’être utile. Actuellement, je débute un stage, un peu différent auprès d’une mandataire judiciaire qui s’occupe de majeurs protégés, donc des personnes sous tutelle ou curatelle.
Qu’est ce qui t’aide actuellement dans ta reconversion ?
Les compétences que j’ai acquises me sont forcément utiles tout comme mes connaissances. Mais la force que j’ai, c’est aussi mon expérience de vie. Durant mon stage, chez AGIR, j’ai été confrontée à des parcours de vie compliqués, à des situations très difficiles et parfois, je me suis sentie démunie. Il y a vraiment des choses qui nous prennent. J’en rêvais la nuit. Malgré tout, ce sont des métiers difficiles, je suis contente de le faire à mon âge. Avoir peut-être un peu plus de recul, un peu plus d’expérience que des jeunes pour qui ça doit être compliqué en plus d’être confrontée au manque de ressources et de moyens.
Le stage que j’ai fait m’a permis de confirmer que j’étais capable de réussir à trouver la bonne distance, le bon positionnement. C’est quelque chose sur lequel je serais vigilante pour ne pas me sentir envahie, même si je pense que c’est humain et normal.
Qu’est-ce qui t’anime le plus dans ton projet de reconversion ?
Ce n’est pas facile à décrire par des mots ; ce sont beaucoup de ressentis. Je ressens l’évidence d’avoir ces échanges humains, d’aller vers les autres et de pouvoir accompagner les personnes pour qui la vie est plus difficile que pour d’autres. Donner, partager, je pense que ça se vit plus que ça se nomme.
Je sais aujourd’hui que j’aimerais exercer le métier de CESF auprès des femmes en difficulté. Durant mon stage chez AGIR, j’ai eu l’opportunité de visiter le CHRS (centre d’hébergement de réinsertion sociale) géré par l’association Itinéraires sur Caen. Lorsque je suis ressortie de ce centre réservé aux femmes avec leurs enfants ; j’ai dit à ma collègue “ je veux travailler là « . Ça a confirmé une évidence. Pour moi, en travaillant auprès de ces femmes, la boucle est bouclée. Ça fait sens vis-à-vis de ce que j’ai vécu personnellement ; c’est aussi un lien évident avec mon engagement féministe. Cela fait bientôt deux ans que j’ai intégré l’association Osez le féminisme! Calvados. Pour moi, c’est un engagement qui va avec tout le reste, la psychothérapie et le travail sur moi. Dans cette période de ma vie où je me suis beaucoup questionnée, j’ai commencé à écouter des podcasts féministes. Puis à un moment, j’ai ressenti le besoin d’en discuter, c’est ce qui m’a amené vers Osez le féminisme! Là-bas, j’ai rencontré de très belles personnes qui sont devenues des amies. J’avais ce besoin au niveau personnel de militer, de m’engager, de faire vraiment des choses et aujourd’hui, je suis co-présidente de cette association.
Aujourd’hui, dans quel état d’esprit es-tu ?
Je me sens très sereine, vraiment bien. Je me suis beaucoup questionnée sur le fait d’être capable d’apprendre encore, d’étudier… Ça m’angoissait un peu. Des fois, je n’ai pas trop confiance en moi, alors je révise peut-être plus que d’autres. Mais finalement, je me rends compte que l’expérience de vie, le fait que je sais vraiment pourquoi je suis là permettent que ça se fasse tout seul. Cette reconversion est naturelle et ça se passe très bien.
Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait se reconvertir ?
Je dirais qu’il faut oser, se faire accompagner et prendre vraiment le temps de réflexion. Je pense qu’il faut passer par le bilan de compétences pour être sûr de ne pas se tromper, mais aussi pour découvrir les différents métiers. Personnellement, je n’en serais pas là si je n’avais pas fait mon bilan de compétences.
Je pense que c’est important de prendre le temps de se poser, de se questionner en se demandant « Est-ce que je suis bien dans ce que je fais ? Est-ce que j’en ai vraiment envie ou pas ? ». Il faut aussi penser à soi et accepter de prendre une décision vraiment pour soi sans que celle-ci ne soit influencée par les autres ou l’envie de faire plaisir.
Et pour des femmes de mon âge qui sont dans des situations professionnelles confortables, mais qui ne leur conviennent pas et qui se diraient « Il me reste 15 ans à faire, ce n’est pas très long ». Je leur dirais que 15 ans, c’est long et que c’est le bon moment pour changer, qu’il faut oser !
