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Anne-Sophie est le parfait exemple que les femmes peuvent donner un nouvel élan à leur carrière, mais également faire tomber les barrières des métiers genrés pour construire une vie professionnelle alignée avec leurs aspirations. Si aujourd’hui Anne-Sophie est à la tête d’une entreprise de sept salariés spécialisée dans l’aménagement de comble, il y a encore quelques années cette ancienne chargée de ressource humaine n’imaginait pas intégrer l’entreprise créée par son père et encore moins s’associer pour reprendre la direction de l’entreprise familiale. Aujourd’hui, Anne-Sophie a cœur de pérenniser l’entreprise tout en veillant à assurer un environnement de travail sain et sécurisé pour tous les membres qui la composent.
Peux-tu te présenter en quelques mots ?
Je m’appelle Anne-Sophie Diesnis. J’ai 33 ans et je suis actuellement cheffe d’entreprise. Je dirige, avec mon associé une société d’aménagement de comble, nommée : Combles et Création. Je n’ai pas fait de reconversion, mais j’ai réalisé deux transitions professionnelles qui s’inscrivent dans la continuité de mon parcours professionnel dont l’une a consisté à reprendre l’entreprise fondée par mon père.
Peux-tu retracer ton parcours ?
Après le lycée, j’ai souhaité faire des études de médecine, mais je me suis rendue compte que la faculté n’était pas faite pour moi. Ainsi, à la suite de cette première année, j’ai complètement changé de cursus et je me suis tournée vers un DUT Carrières Sociales option services à la personne. À la fin de ces deux ans, je pouvais soit poursuivre dans le social, soit dans la gestion. J’ai alors préféré m’orienter vers la gestion pour des raisons d’opportunité de carrière. Je me disais que cette orientation m’apporterait plus de choses. Je me suis donc inscrite en ressources humaines, où j’ai réalisé ma licence en alternance. Cela m’a permis de commencer à travailler tout en gagnant un petit salaire. J’ai ensuite enchaîné sur un master, au sein de la même école sur Caen ; toujours sur le même rythme en tant qu’assistante RH en alternance dans la même entreprise. Après l’obtention de mon diplôme, j’ai été embauchée au sein de cette même structure. Cela m’a permis par la suite d’évoluer vers le poste de Chargée de ressources humaines puis en tant que chargée de recrutement et de formation.
Après huit ans au sein de la même entreprise, j’ai commencé à avoir des envies d’ailleurs. Au sein de l’entreprise, l’ambiance se dégradait aussi. Ainsi, lorsque ma responsable a annoncé son départ, je me suis dit que c’était le bon moment pour moi de partir, pour évoluer dans une autre entreprise. C’est à ce moment-là que mon père, qui a une entreprise dans le bâtiment spécialisée dans l’aménagement de comble, m’a proposé d’intégrer la société et de prendre le poste de secrétaire comptable puisque sa collaboratrice (qui était aussi sa tante) partait à la retraite. Initialement, je voulais rester dans les ressources humaines. Finalement, je me suis dit pourquoi ne pas changer complètement ! C’est donc comme ça que j’ai rejoint l’entreprise familiale.
Je conservais une partie RH, mais il me fallait évoluer sur la partie comptable que je connaissais moins. Même si j’avais des connaissances de par mes études, je n’avais pas l’expérience. Et pour moi, la pratique fait quand même beaucoup de choses dans la vie professionnelle. Ainsi, pendant trois mois, ma grande-tante m’a formée. Au fur et à mesure, j’ai interrogé certaines pratiques et progressivement, j’ai fait évoluer certains process en questionnant le cabinet d’experts-comptables qui suivait l’entreprise.
Pourquoi as-tu eu envie de reprendre l’entreprise familiale ?
Lorsque j’ai intégré l’entreprise en 2021, je savais que mon père allait partir en retraite. Je n’étais pas sans savoir que dans un coin de sa tête, il pensait à la reprise. Il avait créé l’entreprise avec son oncle et je me doutais que son souhait était la passation de l’entreprise familiale. Même si je ne venais pas du bâtiment, j’exerçais un métier complémentaire au niveau des fonctions support. De plus, les autres membres de la famille avaient tous une vie professionnelle éloignée du domaine du bâtiment et n’avaient pas le souhait de s’orienter dans cette voie.
C’est au fur et à mesure de notre collaboration avec mon père que nous avons parlé d’une reprise. Le sujet a réellement été abordé deux ans après mon arrivée. Ce qui m’a permis de réfléchir sérieusement au projet. Et finalement, j’ai décidé de reprendre le flambeau de cette entreprise que mon père avait pérennisée durant des années. En revanche, je ne souhaitais pas le faire seule. J’ai estimé que je n’avais pas les connaissances et ni les compétences sur l’aspect technique et commercial. Il y a beaucoup de choses qui ne s’improvisent pas dans le bâtiment et ce n’était pas mon souhait de me former sur ces aspects. Pour moi, si je reprenais l’entreprise, c’était forcément avec quelqu’un qui vient du bâtiment. C’est comme ça que je me suis associée à Sylvain.
Qu’est ce qui t’a aidé à appréhender le milieu du bâtiment ?
Quand j’ai intégré l’entreprise, je ne connaissais rien au milieu du bâtiment ni à l’aménagement de comble. Je me suis donc renseignée, en allant sur le terrain, en posant des questions aux personnes qualifiées et j’ai surtout appris tout au long de ma collaboration avec mon père.
D’ailleurs travailler avec mon père m’a permis de le connaître d’une autre manière, de découvrir, une autre facette de sa personnalité. C’est la même personne à la maison et dans le travail, quelqu’un de très organisé, mais au niveau de l’entreprise, ça m’a permis de voir un petit peu son petit côté autoritaire, son côté commercial (c’est un très bon commercial, très impliqué).
Notre relation a bien évolué et dans le bon sens, parce que moi aussi, je suis plutôt organisée et je pense que mon père m’a fait confiance sur les tâches qu’il y avait à faire.
Après, puisque j’étais sa fille, je pense qu’il me parlait un peu différemment et moi, je réagissais aussi différemment. On avait une relation spécifique, qui ne se reproduira jamais avec une autre personne tout simplement, car nous étions un père et sa fille dans une relation professionnelle. Je dirais que ça nous a rapproché.
Comment vis-tu cette étape de transition professionnelle ?
Aujourd’hui, j’ai un stress qui arrive que je ne connaissais pas et que je dois appréhender. En discutant avec mon père, je note que lui a été stressé toute sa vie. Je comprends aussi que sa vie professionnelle n’a pas été linéaire et que la mienne ne le sera pas non plus. Pour le moment, j’arrive à gérer mon équilibre vie pro – vie perso sans aucune difficulté. Je prends les choses comme elles viennent en étant consciente des challenges qui peuvent m’attendre, mais sans les anticiper, sans alimenter des craintes. Je sais que ma personnalité est une force et j’essaye de garder cette vision positive qui me caractérise. Lorsque je me suis lancée dans l’aventure, j’étais consciente de ce stress. Le tout maintenant, c’est de réussir à se préserver et pour ça, j’ai ma vie privée.
Quels sont tes plus gros challenges actuellement ?
Maintenant que la reprise est effective, il n’y a plus qu’à rouler tous les deux avec Sylvain, ce qui signifie signer des chantiers et coordonner ceux qui sont actuellement en cours. Mais aussi remplir le carnet de commandes dans un contexte international incertain où les prix des matériaux fluctuent beaucoup. J’ai conscience qu’il y aura des périodes plus complexes que d’autres. Le milieu du bâtiment a connu des crises et il y en aura d’autres, mais je ne peux pas anticiper l’avenir, j’essaye néanmoins d’être prévoyante sur un certain nombre d’éléments. Mon père est encore beaucoup là en appui. J’ai toujours ce petit ange au-dessus de mon épaule, qui est présent et qui peut nous aider. Je peux l’appeler pour une question technique et bénéficier de ses quarante années d’expérience.
L’idée, c’est de continuer à pérenniser l’entreprise avec mon associé tout en professionnalisant la gestion globale de l’entreprise en faisant évoluer les process pour nous faire gagner du temps. Je m’attèle aussi à remettre certaines choses en ordre, car les demandes légales ont beaucoup évolué notamment en termes de sécurité et pour cela je peux me tourner vers la fédération française du bâtiment.
Je veux aussi redonner la place à un environnement de travail sain, une sécurité dans le travail et accompagner au mieux les salariés. Notamment en mettant des choses en place pour les aider au niveau des troubles musculo-squelettiques auxquels sont confrontés les salariés dans le bâtiment. Nous avons une petite équipe de sept personnes qui font confiance à l’entreprise, qui travaillent pour elle et avec elle. Je veux que les salariés se sentent bien. Le but, c’est de se développer et de toujours être à l’écoute des salariés, car chaque idée est bonne à prendre. Je vais aussi devoir recruter de nouvelles personnes qualifiées pour remplacer les personnes qui partent à la retraite ou, mais aussi malheureusement les personnes qui ne peuvent plus exercer leur métier.
Aujourd’hui dans quel état d’esprit es-tu ?
Je trouve que je suis plutôt zen, en tout cas, j’essaye de l’être au maximum. Quand il y a des aléas, je relativise sur la journée que je viens de passer, j’avance, je me motive moi-même. Ça fait pour moi partie de la mentalité indispensable à avoir en tant que dirigeante. Actuellement, je me découvre et je vais continuer à me découvrir, je pense. Depuis quelques mois, j’évolue, je suis de plus en plus organisée et j’aborde aussi la gestion de l’entreprise complètement différemment de mon père, notamment dans le management. À mon sens, c’est une bonne chose, car pour moi il faut évoluer avec son environnement et les personnalités de chacun, continuer d’évoluer en s’aidant des outils qui existent.
Quels conseils donnerais-tu à une femme qui souhaiterait racheter une entreprise ?
Je pense qu’il faut déjà s’assurer en amont du rachat que l’entreprise est fiable. Ensuite, il faut avoir conscience que le management est vraiment important et que ça occupe une place centrale. Dans chaque entreprise, il y a des salariés avec des personnalités différentes et il va falloir mettre des choses en place pour que ça fonctionne avec tout le monde. Parce que c’est le travail des salariés qui fait la pérennité de l’entreprise. S’il n’y a pas de salariés, il n’y a pas d’entreprise, mais s’il n’y a pas de patron, il n’y a pas d’entreprise non plus. Les deux fonctionnent ensemble. Enfin, il faut être consciente de l’implication nécessaire, car en tant que dirigeante, si on n’agit pas, il ne se passe rien. Je pense qu’il faut être tenace, ouverte d’esprit et aimer le dialogue.
Combles et Création
Site Internet : www.comble-creation.com
